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Destin des mères

Quoi de plus beau et de plus terrible que le destin d'une princesse fourmi ? En été, les lendemains de jour d'orage, la fête de l'envol nuptial commence.
Mâles et femelles, les seuls individus ailés de la cité, se réunissent à l'heure la plus chaude au sommet de la ville.
Les femelles décollent en premier, rapidement suivies par les mâles de taille beaucoup plus réduite.
C'est alors la grande orgie. Chaque femelle se fait ensemencer par un, deux, dix, vingt mâles. Ceux-ci connaissent une telle extase qu'ils en meurent de plaisir. Chez certaines espèces tropicales, les mâles explosent physiquement au moment de l'éjaculation. On retrouve des débris de leurs corps sur un vaste périmètre.
Mais avant cet instant de pâmoison, les couples enlacés planent en plein ciel quelques minutes. C'est l'amour en trois dimensions. Lorsque la femelle a sa spermathèque pleine, il lui faut dès lors fonder une cité. En un jour, elle a emmagasiné suffisamment de sperme pour pondre quotidiennement pendant 15 ans.
Elle cherche alors un lieu propice pour atterrir et fonder sa cité. En général, elle est tellement enivrée par ses orgasmes à répétition qu'elle contrôle très mal sa trajectoire. C'est une aubaine pour les oiseaux qui dévorent à pleines becquées celles qui passent à leur portée. Les pare-brise des voitures les aspirent. Les toiles d'araignées les emprisonnent.
Les quelques survivantes qui arrivent à franchir tous ces obstacles et à toucher le sol sont dévorées par les fourmilions, les lézards, les chauvessouris, les grenouilles, les tortues, les hérissons.
En général, sur 2 000 princesses (en moyenne) qui s'envolent d'un nid de fourmis rousses, une ou deux seulement parviennent à survivre pour fonder une nouvelle cité.
Dès lors commence la plus terrible des épreuves. La ponte. La reine (une fois fécondée, la princesse mérite bien ce titre...) s'enterre à moitié dans le sol pour se protéger des ennemis. Mais, immobile, elle ne peut trouver de pitance. Alors elle commence à dévorer ses propres ailes qui ne lui servent plus à rien.
Puis elle mange tout ce qui peut traîner de comestible autour d'elle. Elle est bien obligée ensuite de trouver une autre solution. Cette solution, c'est de manger ses propres oeufs.
Elle pond un oeuf et le mange. Pour ne pas mourir tout de suite et pour trouver l'énergie de pondre d'autres oeufs.
Dès lors commence une arithmétique macabre. Elle pond trois oeufs, en mange deux, en laisse grandir un. Qu'elle mangera plus tard pour pondre trois nouveaux oeufs dont elle laissera le troisième survivre un peu plus longtemps.
Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'enfin une fourmi chétive, malingre et faiblarde parce que malnutrie soit capable de sortir du trou pour rapporter un peu de nourriture de l'extérieur.
Cette fourmi nourrira la reine qui, ainsi, pourra enfin pondre des oeufs de qualité. Lorsque ceuxci seront éclos, donnant naissance à la première génération de citoyens « normaux », ils auront comme première tâche de tuer la première fourmi malingre. Ainsi sera effacée toute trace de douleur et de cannibalisme. En tuant cette première fourmi qui a permis à la ville de naître, la fourmilière redevient sans taches. Toutes les nouvelles générations de fourmis ignoreront que tout a commencé par des actes de cannibalisme d'une mère sur ses enfants et par le meurtre de l'individu héroïque qui a sauvé la cité.

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