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Totalitarisme

Les fourmis intéressent les hommes, car ils pensent qu'elles sont parvenues à créer un système totalitaire réussi. Il est vrai que de l'extérieur, on a l'impression que dans la fourmilière tout le monde travaille, tout le monde obéit, tout le monde est prêt à se sacrifier, tout le monde semble pareil. Et pour l'instant, les systèmes totalitaires humains ont tous échoué. Les Egyptiens, les Grecs, les Romains, les Babyloniens, les Carthaginois, les Perses, les Chinois, les Français, les ~Anglais, les Russes, les Allemands, les Japonais, les Américains ont tous connu des périodes de splendeur où il semblait que leur manière de vivre pouvait se transformer en référence mondiale ; mais heureusement, un petit grain de sable est toujours venu mettre à bas leur édifice uniformisé.
Alors on pense à copier l'insecte social (l'emblème de Napoléon n'était-il pas l'abeille ?). Les phéromones qui inondent la fourmilière d'une information globale, c'est aujourd'hui la télévision planétaire qui nous transmet à tous les mêmes images, les mêmes pensées, les mêmes musiques. L'homme croit qu'en offrant à tous ce qu'il estime être le meilleur, il débouchera sur une humanité parfaite.
Ce n'est pas le sens des choses.
La Nature, n'en déplaise à Mr Darwin, n'évolue pas vers la sélection des meilleurs. (Selon quels critères, d'ailleurs ?)
La Nature puise sa force dans la diversité. Il faut des bons, des méchants, des fous, des désespérés, des sportifs, des grabataires, des bossus, des siamois, des becs-de-lièvre, des gais, des tristes, des intelligents, des imbéciles, des égoïstes, des généreux, des petits, des grands, des Noirs, des Jaunes, des Rouges, des Blancs, il en faut de toutes les religions, de toutes les philosophies, de tous les fanatismes, de toutes les sagesses... Le seul danger est qu'une espèce soit éliminée par une autre.
On a constaté que les champs de maïs artificiellement conçus par les hommes et composés des frères jumeaux du meilleur épi (celui qui a besoin du minimum d'eau, celui qui résiste le mieux au gel, celui qui donne les plus beaux grains) mouraient tous d'un coup à la moindre maladie alors que les champs de maïs sauvage composé de plusieurs souches différentes, ayant chacune ses spécificités, ses faiblesses, ses anomalies, arrivent toujours à trouver une parade aux épidémies.
La Nature hait l'uniformité et aime la diversité. C'est là peut-être que se reconnaît son génie.

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