News
Staff
Chat


L'auteur
Bibliographie
L'ESRA
Les 168 articles


Liste des articles
Ajout d'un article
Conseil


Site officiel
Liens
Nos bannières


Wallpapers
Blinkies
Premier maître du monde

Au commencement était le chaos. La Chine du IIIè, siècle avant J.-C. était divisée en trois royaumes qui se faisaient en permanence la guerre : le T'sin, le Tchou et le Tchao. Parallèlement, l'industrie métallurgique se développait, la communauté agricole éclatait, les gens se regroupaient dans des structures plus grandes pour mieux profiter des machines: c'était l'exode rural. Qui dit peuplement des villes dit naissance d'une classe bourgeoise intellectuelle. Or l'apparition des étudiants en droit généra un système inconnu jusque-là: la tyrannie absolue. Les étudiants en droit formaient un groupe, les légistes, qui voulut établir l'État Absolu Parfait. Ils poussèrent Tsin Chi Houang Ti, roi du T'sin, à expérimenter tous les pouvoirs de sa fonction.
La population était quadrillée et autosurveillée. La délation devint obligatoire. Ne pas dénoncer constituait en soi un délit. Le circuit de délation s'établit comme suit: cinq familles formaient une brigade. A l'intérieur de chaque brigade, un surveillant officiel était chargé de faire régulièrement son rapport. Un surveillant officieux secret était chargé de surveiller le surveillant officiel. La boucle était ainsi bouclée.
Cinq brigades formaient un hameau. A chaque échelon, si on apprenait que la délation n'avait pas fonctionné, c'était tout le groupe qui en était tenu pour responsable.
Les légistes établirent une administration hors pair extrêmement compartimentée. Mais Tsin Chi Houang Ti avait trop bien retenu la leçon, il exigeait à tout moment enquêtes et contre-enquêtes sur ses sujets. N'ayant confiance finalement dans aucun des légistes, il créa une police d'enfants (donc de purs) chargée de surveiller les fonctionnaires et de dénoncer ces deux fléaux que sont les réactionnaires et les progressistes. L'administration ne doit aller ni en avant ni en arrière, elle doit tout faire pour que tout reste immobile.
Dès lors les légistes débordèrent d'idées. Ils voulaient inventer la « loi réflexe ». Qu'est-ce que la loi réflexe ? C'est une loi qui n'est ni orale ni écrite, c'est une loi qui est inscrite dans nos gènes de telle manière qu'il est impossible de ne pas lui obéir. Comment rendre la loi réflexe? Par la terreur. Les légistes inventèrent le concept de supplice chinois. C'est une punition si horrible que tout le monde retient instantanément la loi et ne peut même plus imaginer de commettre un délit. La torture va devenir une science, les bourreaux des stars ; il se crée même une école de torture. Normalement, quelques supplices publics suffisaient à informer le peuple des nouvelles lois, mais il fut instauré des délais de tournées des bourreaux afin que le peuple n'ait pas le temps de les oublier.
Les légistes rivalisaient d'idées originales. Après la « loi réflexe », ils lancèrent l'« interdiction de penser ». En 213 avant J.-C. est promulgué un édit de Tsin Chi Huang Ti signalant que les livres sont des objets terroristes. Lire un livre, c'est porter atteinte à la sûreté de l'État. D'ailleurs ils y vont encore plus carrément : l'intelligence est officiellement décrétée ennemie numéro un de l'État. Nul ne doit être intelligent. Les légistes proclamèrent que toute personne qui pense pense forcément contre l'Empereur. Or comment empêcher les gens de penser ? En les saoulant de travail. Il fallait que nul n'ait de répit, car le répit est source de réflexion. La réflexion mène à la rébellion, la rébellion au supplice. Autant prendre le problème à la racine.
Ayant vaincu les deux royaumes voisins, Tsin Chi Houang Ti, en pleine crise de mégalomanie, s'autoproclama maître du monde. Grand Empereur de Chine. Il faut préciser qu'à l'époque, pour les Chinois, le monde s'arrêtait à la mer de Chine à l'est et à l'Himalaya à l'ouest. Ils pensaient qu'au-delà de ces montagnes ne vivaient que des barbares et des animaux sauvages.
Ces rapides victoires ne suffisaient cependant pas à calmer l'Empereur. Voyant son armée inutile car conquérante, il se lança dans de grands projets. Il entreprit la construction de la muraille de Chine. Le chantier n'était au début qu'une sorte de camp de travail pour intellectuels, mais bien vite il se transforma en bon moyen de réguler sa population. Quarante millions de Chinois trouvèrent la mort dans l'édification de ce monument. Vers la fin, Tsin Chi Houang Ti perdit toute confiance en son entourage humain. Après avoir fait massacrer son harem et l'ensemble de ses ministres légistes, il demanda donc à son maître horloger de lui fabriquer des automates en métal, seuls subordonnés dont il était assuré qu'ils ne le trahiraient jamais.
Ces robots humanoïdes étaient des merveilles de technologie pour l'époque. C'était probablement la première fois que quelqu'un cherchait délibérément à remplacer l'homme par la machine.
Cependant, Tsin Chi Houang Ti n'était toujours pas satisfait. Il ne lui suffisait plus d'être un maître du monde obéi, il voulait aussi être immortel. Il fit donc de la rétention de sperme (au moment de l'éjaculation, une petite ficelle empêchait le sperme de sortir et l'énergie vitale revenait ainsi dans son corps) et il introduisit de l'oxyde de mercure dans tous ses aliments. Ce produit chimique était à l'époque considéré comme susceptible de permettre de vivre plus longtemps. Conséquence: l'Empereur mourut finalement d'un empoisonnement à l'oxyde de mercure.
La terreur qu'il avait instaurée de son vivant demeura pourtant si puissante qu'il fut honoré, nourri et respecté jusqu'à ce que l'odeur de son cadavre devienne absolument pestilentielle.

<<<< Retour à la liste


© 2003-2004 Lha & B.Werber All rights reserved